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Vendredi 23 octobre 2015 - 18h30
Théâtre Max Jacob - Quimper

Dans le cadre de la journée de manifestations pour la reconnaissance de la diversité des langues et des cultures des territoires


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Le breton d'il y a 30 ans et le breton d'aujourd'hui

Breton et gallo

Langues de Bretagne et culture bretonne

La transmission

Associer les élus

Outils de réappropriation, pertinence et limites

Stratégie, axes à long terme

Reconquête: tactique et axes à court terme

 

1) parler breton il y a 30 ans, ce n’est pas parler breton aujourd’hui. L’environnement politique et sociétal n’était pas le même, le regard des Bretons sur leur langue non plus. pertinence de nos analyses ?


Des constats :

 

Positifs

Négatifs

Plus de demande sociale
Plus de volonté de se reconnaître comme breton, identité positive
Evolution positive de l’international
Soutien politique
Développement réel de l’enseignement
Une lassitude revendicative
De l’anglais plutôt que du breton
Incapacité de l’Etat français à changer de point de vue sur nos langues
La décision du Conseil Constitutionnel
Raidissement des monolingues et des adversaires
Baisse du nombre de locuteurs

 


La remarque sur la demande sociale et sa corrélation avec le nombre d’enfants scolarisés dans les filières bilingues amènent à réfléchir sur une stratégie liée à l’apprentissage des langues : est-il souhaitable d’axer notre communication sur l’apprentissage de l’anglais ?
Pour y répondre, il faudrait des analyses fines et détaillées :
- des raisons qui poussent les parents à inscrire leurs enfants dans les classes bilingues ;
- du statut social des parents qui inscrivent leurs enfants dans les classes bilingues.
- Quelle vision du breton ont ces parents ? qu’en attendent-ils ?
Il faudrait y rajouter une analyse comparative entre le moment où les parents inscrivent pour la première fois leurs enfants, et le moment où ces enfants finissent leurs études. Je suis persuadé que les systèmes d’enseignement bilingue ont une valeur formatrice, aussi pour les parents : il ne faut pas négliger la capacité d’adhésion de nos écoles : s’ils ne voient initialement qu’un intérêt linguistique, ou pédagogique, ils peuvent, par la suite, devenir des militants actifs pour la langue.
Il me semble aussi que la baisse des locuteurs doit nous servir de point d’accroche. Il relativise les avancées et les met en perspectives. Moins il y a de locuteurs, plus l’intérêt pour une langue est grand, et plus il est théorique. Ce point là me semble crucial : il faut transformer l’intérêt en pratique. Comment ?
Les campagnes de pub sont peut-être nécessaires, mais le principal me semble le combat idéologique : vaincre le prêt à penser jacobin, les liens implicitement faits entre langue française et liberté, progrès économiques, sociaux, etc.

En fait, le débat porte plus souvent sur quel breton enseigner, et parler.
Deux tendances apparaissent, comme toujours :
- les tenants d’un breton dit populaire, pour ne pas faire de coupures entre les générations. Or la fragilité de la langue fait que ces coupures sont de plus en plus importantes et de plus en plus néfastes pour une transmission équilibrée et réussie.
- les tenants d’un breton plus moderne, dont l’unité est nécessaire pour une transmission scolaire. Il est important que la langue soit un outil performant pour la vie d’aujourd’hui. Cette dynamique unitaire est favorable à la survie du breton.

Ceci me semble juste : plus que de breton populaire ou de breton universitaire, il conviendrait de parler de niveau de langue, ce qui a pour intérêt de casser cette opposition. Le breton, comme toutes les langues, c’est aussi bien le langage élevé que le langage populaire ou argotique, il ne faut les opposer, mais les mettre en situation d’apprentissage conjoint.
Maintenant, l’école est un lieu pour apprendre un breton, non pas universitaire, mais moderne, correspondant le plus possible à l’état de la société actuelle. Cela ne signifie pas qu’il faille abandonner l’idée de parler un breton du quotidien, mais est-ce dans les prérogatives et les capacités de l’école de l’enseigner ?
Autrefois, c’était la vie sociale qui se chargeait du niveau populaire et quotidien, et l’école, qui répondait aux besoins de la société, se chargeait du niveau élevé. Or le breton ne se transmet plus guère que par l’école… Comment résoudre cette difficulté ?

Pour ce qui concerne le bilinguisme :
Quelques remarques :

- la nécessité de lieux hégémoniques.

-En contraste, plusieurs acteurs soulignent l’importance du bilinguisme en Bretagne : la survie du breton ne peut passer par l’élimination du français

- Nous sommes très loin du bilinguisme (comment continuer ? faut-il sous-entendre : « alors parler de monolinguisme breton est impossible » ?)

- Pour l’enseignement, une personne mentionne le plurilinguisme.

Si personne ne semble remettre en cause la stratégie des lieux hégémoniques, la dernière remarque pose la question de définir ce que nous entendons par bilinguisme. Qu’est-ce qu’une société bilingue ? est-ce une société où deux langues coexistent sans se rencontrer ? où deux langues se parlent indifféremment ? où chaque individu parle deux langues selon les lieux qu’il fréquente ? où chacun parle sa langue sans se soucier de l’autre ? Cela indépendamment, bien sûr , de ce que nous voulons pour nos langues.Il me semble que l’on ne peut réfléchir en opposant les deux langues : qui aujourd’hui souhaiterait éradiquer le français de Bretagne ? quel sens cette éradication, impossible d’ailleurs, peut-elle réellement avoir ?  Nous devons toutefois réfléchir en termes de stratégie. Pourrons-nous progresser si nous ne voulons que devenir bilingues ?  Comment garantir un équilibre entre deux langues aux moyens et statuts totalement différents ? L’une hégémonique, l’autre au bord de l’extinction ? Par statut, il ne s’agit pas uniquement de statut officiel – un bilinguisme de façade est toujours possible – mais bien d’un usage social équivalent en richesse et en durée de l’une ou l’autre langue. Le bilinguisme, n’est-ce pas le risque de se dire bilingue, de pouvoir parler breton et de ne parler que français ?
Quant au plurilinguisme, cela signifie-t-il que l’on doive se diriger vers une société trilingue (ne nous trompons pas, le plurilinguisme = introduction de l’anglais) ? Je ne le crois pas. Il ne faut pas confondre moyens et objectifs.
Pour le plurilinguisme comme moyen de recruter des élèves, il faudrait faire là aussi une étude réelle, qui ne se contenterait pas de données chiffrées simples (3 langues = x élèves de plus), mais mesurerait les résultats qualitatifs et l’impact réel sur l’usage du breton.
Pour y répondre, il faudrait aussi des analyses fines et détaillées :
- des raisons qui poussent les parents à inscrire leurs enfants dans les classes bilingues ;
- du statut social des parents qui inscrivent leurs enfants dans les classes bilingues.
- Quelle vision du breton ont ces parents ? qu’en attendent-ils ?


2) breton et gallo :

Là encore, très peu de remarques.

Un seul texte y fait référence pour dire deux choses :
- ce qui est valable pour le breton l’est pour le gallo (à comprendre non pas généralement, mais dans les éléments de réflexion qu’il mettait sur la table : quelle langue apprendre,parler , enseigner)
- la territorialité : les langues et les territoires sont liés, mais pas dans une relation simple et caricaturale. IL faut réfléchir en terme de modernité là encore et voir l’importance de l’implantation urbaine et ce qui en découle aujourd’hui.
Pour avancer il faudrait trancher définitivement cette question de la territorialité qui pourrit les débats .

C’est l’objet d’une longue contribution qui insiste sur la complémentarité de deux domaines linguistiques et met en évidence le danger d’une coupure entre les deux luttes, coupure historiquement et géographiquement injustifiée. Elle met en garde contre la tentation d’utiliser le combat pour la langue gallèse contre le breton, alors que la ciomplémentarité entre les deux combats est essentielle.
Une troisième contribution insiste bien, au-delà des différences liées à la demande sociale, à l’usage social et à la structuration des défenseurs de ces langues, sur la nécessité d’un partage d’expérience.


3) langues de Bretagne et la culture bretonne.

La langue est essentielle pour l’identité. Mais la Bretagne est bilingue (cf. question 2) Cela rend l’analyse plus complexe.

La langue a sa place dans toute création culturelle et cette création doit se développer dans toutes les directions. Dans ce sens, on ne peut séparer langue et culture.
Il s’agit bien de parler de création : une culture ne vit que dans sa capacité à créer du nouveau, à partir de la « tradition ». Mais figer cette tradition, comme figer une langue, n’a guère de sens, car c’est tourner le dos à l’avenir.

Pour préparer l’avenir, il importe de bien déterminer les liens entre langue et culture, afin d’éviter les erreurs et jugements négatifs, qui ont amené parfois les deux milieux à s’ignorer.

Ne pas oublier la toponymie.


4) La transmission :

La seule contribution qui évoque ce point en montre l’intérêt et propose que ce thème soit l’objet d’une réflexion axée entièrement sur ce point.


5) Associer les élus de tous niveaux Quelles sont les responsabilités de chacun ?



Un texte fait référence à la responsabilité des élus. Ce sont eux qui impulsent des politiques favorables ou défavorables, ne serait-ce que par les impôts.
Pour la région Bretagne il faut obtenir la réunification. Et l’associer en attendant à une politique de promotion des langues.
Mais nous en sommes toujours à chercher un rapport de force, pour faire pression.

J’ajouterai qu’il faudrait donner, par le moyen de la loi de décentralisation, les moyens à la région d’imposer une politique commune en Bretagne. Les maires agissent en fonction d’intérêts (ou manque d’intérêt) locaux. Donc sont autant de forces d’inerte ou de résistance potentielles.

Je pense aussi, à voir les réponses que ce thème n’est pas forcément bien appréhendé (bien posé). Il s’agit surtout de voir les implications politiques de notre positionnement actuel. Sommes-nous exclusivement redevables des acteurs politiques ? quelle est notre responsabilité en tant que militants associatifs ? ne devrions-nous pas prendre une plus grande part ? avons-nous réellement les mains libres quand nous ne vivons que par des subventions ? La stratégie depuis de nombreuses années est de faire pression sur les pouvoirs en place, et notre réussite dépend de notre efficacité en lobbying, ou de la sensibilité de l’oreille qui nous écoute. Comment aller au-delà ? n’est-ce pas à long terme dangereux ? n’est-ce pas une faiblesse importante ?
Quelle capacité avons-nous à répondre au discours jacobin, centralisateur, qui repose sur une idéologie forte et structurée ?


6) Quels outils avons-nous conçus pour nous réapproprier nos langues ? Quelle est leur pertinence ? Qu’ont-ils apporté et quelles en sont les limites ?

Une synthèse évoque l’école comme lieu principal de la reconquête, car la transmission familiale ne fonctionne plus. Quelques bémols : l’enseignement : c’est bien mais cela ne suffit pas,
De plus, la croissance n’est pas suffisante.

L’importance de filières différentes, parmi lesquelles il faut privilégier la filière immersive associative, est soulevée.
Il est mentionné aussi l’enseignement aux adultes, les médias qu’il faut développer, tout le périscolaires, les entreprises, les lieux de cultes, la vie publique, postes, services publics.
J’ajouterai à cette liste : la création artistique.
Je crois que nous avons tous une idée assez commune de tout ce qu’il faudrait obtenir. Le problème est : quelles priorités ? quelle stratégie collective ?
Première remarque : mettre ses enfants à l’école est un acte qui est parfois difficile, mais qui rejette la survie du breton sur la génération future. Les parents ne sont majoritairement plus bretonnants, donc ils veulent donner sa chance au breton, par enfants interposés. Apprennent-ils réellement le breton eux-mêmes ? en font-ils un usage social ? il faudrait avoir des données chiffrées là encore pour pouvoir apprécier la réalité.
L’école a une dynamique réelle qu’il faut entretenir. Mais je crois qu’il ne faut pas que cela cache l’essentiel. L’école ne remplacera jamais la transmission familiale. Il faut utiliser la dynamique de l’école pour relancer cette transmission familiale qui est la seule garante de la transmission de l’usage social de la langue. Pour cela, le sport, les activités artistiques et la vie publique me semblent des ressorts essentiels, sur lesquels il faudrait avoir une stratégie de conquête et/ou de reconquête. Cela ne pourra pas nuire au développement des écoles, bien au contraire, par effet de ricochet.

Il faut un argumentaire notamment économique, donner envie, faire connaître : la publicité est importante dans un monde marqué par la communication toute puissante. Banaliser l’usage du breton (cette banalité de l’usage est aujourd’hui nul, alors qu’elle était encore réelle voilà 30 ans dans certaines zones géographiques, tout au moins)

7) Stratégie, axes à long terme

Tout le monde est d’accord : il faut se réapproprier la langue et cela passe par plus de pouvoir politique.
Cette reconquête idéologique politique et sociétale doit être l’objectif essentiel.
Certains prônent l’action, et expriment leur défiance envers la réflexion.

Il est difficile d’être opposé à l’idée d’une telle vision. Mais le problème est bien : comment ?
Cela passe-t-il par le politique ? l’idéologique ? l’économique ?
Agir ? Mais sur quel programme ? vers quel objectif ?
Ces remarques me semblent significatives de l’impasse idéologique dans laquelle nous sommes. Nous ne maîtrisons pas l’économique, le politique est accaparé par les partis hexagonaux, que nous reste-t-il ?
Il ne faut pas vivre dans « un monde comme si » (petite provocation de ma part).

Autres éléments, intermédiaires : une loi pour un statut/ tranfert de compétences

8) Reconquête : tactiques, axes à court terme

L’enseignement reste au cœur de la stratégie. Mais plusieurs posent le problème de la quantité et de la qualité.
L’objectif peut-il être simplement d’avoir beaucoup d’élèves inscrits ?
Le risque de la coupure évoquée dans la première partie est directement lié à cette question. Cela ne signifie pas qu’il faut faire du malthusianisme scolaire, mais qu’il faut absolument maintenir des exigences fortes en matière de qualité, c’est-à-dire de capacités des élèves à parler breton. Et ne pas nous tromper nous-mêmes avec les données chiffrées.
Il faut revenir aussi sur les différents dispositifs d’enseignement : trouver le juste équilibre entre l’enseignement bilingue et l’initiation, pour que le sentiment d’identité reste fort, ou le redevienne.

Il faut aussi parler de l’extra scolaire. L’école est nécessaire, mais non suffisante. Il faut de la visibilité et de l’audibilité pour nos langues.

Personnellement, je trouve que l’aspect « création artistique » n’a pas été développé. Pour s’implanter dans la société, il faut des « phares ».
Je pense aux Seiz Breur, qui ont marqué l’histoire culturelle et l’identité bretonne. Un « Goncourt » peut faire beaucoup de bien à la culture et à l’identité qu’un ensemble de textes mal écrits et peu intéressants.
Ne pas oublier le rôle fédérateur du sport.
Il me semble que nous devrions avoir une vision bien plus globale, pour résoudre le problème de la langue. Il passe, me semble-t-il par la perception d’une identité réelle de la Bretagne, de sa culture, portée par ses langues.
En tout état de cause, la survie de la langue bretonne (et gallèse) n’est pas qu’un problème linguistique.

D’autres outils viennent d’être mentionnés :
- la Charte « Ya d’ar Brezhoneg »
- notre poids politique
- Internet, qui ouvre de nouveaux espaces non contrôlables par l’Etat
- Notre pouvoir économique
- Nos capacités de lutte démocratiques non violentes, la désobéissance civile ;
- Notre présence et notre lobbying auprès des organismes internationaux