Brezhoneg (Breizh)French (Fr)

Espace Presse

Débat

cloud 3

kendiviz

Vendredi 23 octobre 2015 - 18h30
Théâtre Max Jacob - Quimper

Dans le cadre de la journée de manifestations pour la reconnaissance de la diversité des langues et des cultures des territoires


Soirée débat public

Cliquer ici pour plus d'infos.

Festival du livre

festivaldulivre

Accueil
Diversité culturelle : premier bilan par Yvon OLLIVIER, magistrat PDF Imprimer Envoyer

Yvon OllivierDepuis l’élection du président Hollande, voici déjà un an, c’est une avalanche de décisions défavorables à la diversité qui a déferlé sur nos épaules malgré un discours de façade bienveillant. Citons le refus d’initier la modification de la Constitution pour permettre la ratification de la Charte des langues régionales, en violation d’une promesse électorale ou le coup de frein subrepticement donné à l’enseignement des langues minoritaires par le vote à l’assemblée nationale du projet de loi sur l’école. Ce pouvoir, comme le précédent, ne veut pas voir la différence dans l’espace public [1] et craint plus que tout la recomposition des vieilles entités historiques pourtant chargées de sens pour les hommes [2].

Nous voyons la décentralisation proclamée accoucher de la mort de la régionalisation, pour mieux encourager la sur-métropolisation au bénéfice d’une bourgeoisie déracinée et plus que jamais repliée sur ses intérêts. On détourne encore les plus hautes valeurs de leur signification, faisant de la laïcité, dont l’essence est de réunir les hommes, une arme anti-musulmans.

Comment ne pas s’interroger sur les racines d’une telle hostilité à la diversité de la part de ceux qui se faisaient fort de la défendre ? C’est que la France a peur comme jamais [3] Peur du déclassement parmi les nations que lui assure une structure juridico-politique marquée par l’hypertrophie de la sphère publique et donc inadaptée à la mondialisation, avec le sentiment mortifiant de n’avoir de prise sur les événements.

De tous côtés de l’échiquier politique, on se réfugie dans le souverainisme pour évacuer la diversité du réel. On cultive le mythe de l’« unicité » du peuple français, principe figurant depuis les années 1990 au sommet de la hiérarchie de l’ordre juridique français[4] pour s’opposer aux réformes structurelles qui permettraient de libérer les énergies. La France est une nation politique qui cultive le mythe d’une unité anthropologique, une nation schizophrène tournée contre ses propres ressortissants que l’Etat et sa large sphère publique s’emploient à déshumaniser à petit feu. Faute de ne pouvoir s’assumer en tant que véritable nation politique bâtie sur un lien de citoyenneté renforcé par la reconnaissance et le dépassement des différences, -au lieu de les combattre- jamais elle ne trouvera d’autre unité que celle puisée au détriment du bon vieux bouc-émissaire, qu’il soit musulman ou « communautariste ».

On pourrait détourner pudiquement les regards au nom d’une démocratie formelle légitimant le pouvoir, fût- t-il jacobin. Malheur au minoritaire ! Mais le problème est bien plus grave en ce qu’il touche au sentiment d’appartenance à la nation qui ne repose que sur l’adhésion de ses ressortissants. Nous savons que les populations d’origine étrangère ne parviennent pas à éprouver un sentiment d’affiliation au peuple français. Elles persistent à se penser sur le mode de leur appartenance d’origine, non sans quelques bonnes raisons d’ailleurs. Mais mesurons-nous à quel point les membres des vieilles nations historiques, qui peuvent prétendre à représenter la majorité de la population, peinent désormais à se dire français, en raison du manquement précis aux grandes valeurs qui ont fait la France ? Comment penser sa citoyenneté française devant tant de duplicité, lorsque sa langue s’éteint progressivement faute de véritable soutien public et que son territoire se découvre secondarisé, dépouillé par Paris des moyens de son développement ? Il n’est pas dit que l’enseignement de l’instruction civique à l’école, – la bonne vieille morale de l’obéissance prônée par la troisième République – change la donne en la matière en raison de la multiplicité des formes de discrimination.

L’idéologie française et le fonctionnement du système jacobin aboutit à la formation d’une élite coupée du peuple, soit l’inverse de l’égalité proclamée. L’aliénation culturelle, territoriale, économique et sociale se soutiennent mutuellement et prospèrent au sein du système qui se signale par le refus de les appréhender.

Soyons clair : le véritable clivage qui traverse aujourd’hui la société française est moins celui qui distingue une gauche sociale d’une droite plus libérale que l’inépuisable querelle entre girondins confiants et jacobins dirigistes et hostiles à la diversité. Et si l’offre politique, en retard comme souvent, ne traduit pas ce grand clivage –les deux principales formations républicaines que sont l’UMP et le PS étant d’obédience jacobine – une recomposition devra s’instaurer. Pour le moment, le système repose sur l’allégeance d’élites locales, qui n’ont que l’intelligence de leurs intérêts et se montrent incapables de bousculer le cadre sclérosé pour tracer la voie du bien être et du développement de leur territoire. Seule l’autonomie de la Bretagne garantie par un statut particulier fondé sur l’article 72 alinea1 de la Constitution, est à même de permettre au Bretons de sauvegarder leur culture et de mettre en œuvre un modèle de développement adapté. Mais plus encore, l’autonomie est désormais la meilleure garantie de l’égalité entre les hommes et les territoires, au sein d’un ordre gangréné par les discriminations de toutes sortes. Qui l’exige aujourd’hui en Bretagne ?

Yvon OLLIVIER

Magistrat, Auteur du livre : « la désunion française essai sur l’altérité au sein de la République » ed l’harmattan


[1] Les services de la chancellerie s’opposent au livret de famille bilingue au visa de l’arrêté du 24 prairial an XI, celui qui fut motivé par la volonté d’imposer la langue française aux territoires conquis par les armées révolutionnaires.
[2] Voir le rejet par le sénat de l’amendement démocratisant la procédure de modification du découpage des régions.
[3] Voir l’étude menée par l’Institut Médiascopie commentée dans l’ouvrage « la France des illusions perdues » ed le monde et éditions de l’Aube 2013
[4] Décision Conseil Constitutionnel N° 91-290 du 9 mai 1991 relative à la loi portant statut de la Corse.